Accueil · Revue de presse · Le Journal du Dimanche (Juin 2006)

« Certains me font passer pour une ingrate »

Après un valse-hésitation, la journaliste de LCI a accepté l'offre de M6.

Ni au revoir ni préavis. Jeudi matin, Mélissa Theuriau, 28 ans, a été priée de rendre son badge d'entrée à LCI, la chaîne info du groupe TF1, dont elle était une des présentatrices jusqu'à mardi. Son directeur, Jean-Claude Dassier, se dit un peu triste du choix de la jeune femme, à qui il voulait confier le 18-20 de la rentrée, en équipe avec Harry Roselmack. Elle a préféré partir pour M6, où Nicolas de Tavernost lui offre la présentation de Zone interdite, émission où elle pourra aussi faire ses classes comme reporter.

La fin de votre feuilleton est surprenante. Il y a un mois, le premier épisode faisait de vous la remplaçante désignée de Claire Chazal.
Il y a eu beaucoup d'intox, ce qui ne m'a pas empêchée de continuer à me lever à 2h30 afin d'assurer les journaux du matin. C'était très difficile à vivre par moments. On m'a notamment annoncée à France 2 pour présenter les journaux, or cette proposition-là ne m'a jamais été faite. Il y a bien eu un contact, mais il était informel et antérieur à la proposition de TF1. J'ai bien rencontré Arlette Chabot, oui. Elle m'a parlé de son parcours, ça m'intéressait. C'est quelqu'un que j'admire. Mais il n'y a eu aucune proposition de la part de son groupe, ni d'envie de la mienne de le rejoindre.

Selon ceux que vous laissez à LCI, vous vous seriez comportée en "girouette".
Je récuse cette image. Je n'ai fait qu'écouter les propositions qui m'ont toutes été faites après que j'ai décliné celle d'Etienne Mougeotte. Avant tout ça, j'étais plutôt tranquille, et puis ils s'est créé une sorte d'emballement. C'était rude, je n'étais pas prête, mais j'ai fait avec. A un moment, la pression devenant très forte, il m'a fallu faire des choix. M6 va me permettre vraiment de réaliser mes aspirations, de concilier travail de terrain et de présentation. Je veux continuer à me construire comme journaliste. LCI a été une étape cruciale, je ne l'oublierai pas.

Que vous a proposé Jean-Claude Dassier, votre directeur à LCI, pour vous retenir ?
Il me voyait coprésenter la tranche d'info de 18 heures, mais c'était encore très flou, ce qui est normal à ce stade de l'année. Je lui ai dit mon envie d'allier travail de terrain (au moins une fois par mois) et présence à l'antenne. Je lui ai suggéré plusieurs idées qui me paraissaient compatibles. Lui pas, ce que j'ai admis, mais ce qui m'a aussi laissée un peu sur ma faim. Maintenant, certains voudraient me faire passer pour une "ingrate". Or j'ai été honnête depuis le début, avec lui, avec eux, avec moi. Je suis heureuse de m'être écoutée.

Vous avez craint que refuser le 20 heures puisse freiner votre carrière ?
Je n'ai pas craint grand-chose, sinon de faire un choix conforme à mon souhait profond. Je veux pouvoir me lever le matin en me disant: "Cette émission m'éclate, elle est faite pour moi !" Or présenter le 20, ce n'est pas pour moi. J'ai connu l'excitation de préparer et de présenter un journal, J'ai connu aussi ses contraintes.

Et si demain M6 voulait créer son 20 heures ?
Je ne veux pas de ce siège-là, dans aucun des cas. Je crois pouvoir dire que la direction de M6 l'a si clairement compris qu'elle ne me le proposera pas. Ils savent ce qui me motive désormais: pouvoir partir ponctuellement avec les reporters de Zone interdite. Mais sans rien bousculer, je veux être discrète, m'intégrer au travail en cours. Beaucoup d'enquêtes sont déjà lancées pour une diffusion théorique en décembre. Dans la perspective de la présidentielle, tous les sujets qui sont des enjeux de campagne m'intéressent : l'intégration, l"immigration, la lutte contre la délinquance. Je vais pouvoir être un témoin et pas seulement un vecteur.

Vous n'aurez plus à vous lever à l'aube pour présenter Zone interdite, le dimanche à 20h50. Cela a compté dans votre choix ?
Oui, j'ai beau être du matin, mon organisme ne s'est jamais fait au lever à 2h30. Je vais en profiter pour refaire du sport, voir un peu plus mes proches, mes amis, ceux qui compte. Et puis souffler aussi, aller me balader et faire un beau voyage...

Où, comme dans la chanson, "Mélissa" rimera avec "Ibiza" ?
Pas trop le genre d'endroit qui m'attire !

Il semble qu'il vous soit de plus en plus difficile de vous mettre au vert sans être la proie des paparazzi.
Je ne veux pas devenir paranoïaque ni changer ma vie à cause d'eux, mais je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour qu'ils comprennent le mal qu'ils font. J'ai fait le choix d'être un peu moins à l'antenne, de travailler différemment, et j'espère que tout cela finira pas cesser. Ca n'a aucun sens.

Vous pensez être née sous une bonne étoile ?
Oui, dans l'équilibre, le bonheur, et encadré par des parents qui m'ont armée pour avoir confiance.

Interview Carlos Gomez