Accueil · Revue de presse · Paris Match (Septembre 2006)

L'arme fatale contre la connivence

Son transfert fut autant commenté que celui d'un footballeur qui passerait du Real Madrid au Milan A.c. Pourtant, elle n'a fait que quitter la présentation des journaux du matin de L.c.i. pour succéder à Anne-Sophie Lapix aux commandes de « Zone interdite » sur M6. Remise du tourbillon médiatique de l'été, elle garde la tête froide sur l'ascension des trentenaires dans les émissions d'information du petit écran.

A moins de 30 ans, vous voilà déjà à la présentation d'un magazine d'info : il y a de quoi frémir...
Avec la multiplication des chaînes de la T.n.t. très axées sur les jeunes, on s'aperçoit que les chaînes hertziennes cherchent avant tout à attirer la cible des 35-50 ans. Un des moyens d'y arriver est de mettre à l'antenne des journalistes qui leur ressemblent. C'est l'une des raisons qui expliquent la folie des transferts qui s'est abattue sur la télévision au printemps dernier. Et c'est ainsi qu'il faut comprendre ma présence devant les caméras de "Zone interdite".

M6 veut-elle donner un coup de jeune à cette émission ?
La rédaction n'est pas composée que de trentenaires. Elle est intergénérationnelle. Ce n'est pas parce que je suis la figure de proue de "Zone interdite" que tous les collaborateurs me ressemblent.

Pensez-vous que votre jeunesse puisse entacher la crédibilité de cette émission ?
Je ne vois pas pourquoi. Sur L.c.i., j'ai acquis la culture de l'info et la rapidité. J'y ajouterai un travail d'enquête et de recherche. Plutôt que d'effleurer un sujet, je vais m'immerger pendant des jours afin d'être irréprochable. Sans doute devrai-je plus travailler qu'un vieux routier, mais cela ne me fait pas peur.

Et lors d'une interview, vous sentez-vous en infériorité face à un vieux routier ?
Non, au contraire. Lorsqu'on se connaît, on établit des habitudes et des codes qui sont préjudiciables à la qualité de l'interview. C'est cette fameuse connivence médiatico-politique dont le public désormais se méfie. Je me targue de l'éviter, et cela me permet d'aller au fond des choses, de poser les bonnes questions. Bref, d'avoir plus d'audace.

A votre arrivée sur M6, quels sujets avez-vous suggéré que l'on traite dans votre émission ?
La plupart des reportages étaient déjà lancés ou même en cours de montage. J'ai néanmoins demandé que l'on prépare une émission sur l'immigration clandestine et ces milliers d'Africains qui s'échouent chaque semaine sur les côtes européennes.

Ce sont des thèmes que vos prédécesseurs auraient pu traiter...
Patrick de Carolis, Florence Dauchez, Bernard de La Villardière et Anne-Sophie Lapix m'ont précédée et "Zone interdite" a sans cesse évolué. Cela veut peut-être dire qu'un thème qui intéresse les téléspectateurs n'est pas l'apanage d'une tranche d'âge. Parler de la famille, des questions de société, de l'immigration, c'est seulement être à l'écoute de notre époque et des problèmes qui se posent.

Jérôme Béglé