Les atouts chics et chocs de M6
Nouvelles recrues de M6, Mélissa Theuriau et Marc-Olivier Fogiel ne jouent pas dans la même catégorie, mais presque. Et leurs préoccupations sont souvent les mêmes. La preuve avec cette interview croisée.
Tous les deux boivent du jus d'orange pour tenir le choc de la rentrée. Alors que Marc-Olivier Fogiel est survolté en sortant de son émission matinale sur RTL, où il a discuté au téléphone avec Michel Polnareff, Mélissa Theuriau, elle, marque le coup. Il n'est que 11 heures du matin et une longue journée l'attend...
Comment vivez-vous la notoriété ?
Mélissa Theuriau : Nous n'avons pas le même âge, ni le même parcours. Pour moi, tout cela est nouveau et j'admire ceux qui, comme Marco, parviennent à concilier leur vie privée et la notoriété. Cela a été un peu violent pour moi au printemps dernier. Je trouve que toute cette ébullition n'a pas grand intérêt. Je commence à peine à comprendre un système auquel je n'étais pas préparée parce que, lorsque je travaillais sur LCI, j'avais la tête dans le guidon.
Marc-Olivier Fogiel : Mélissa s'en sort très bien alors que les pièges sont nombreux. A mes débuts par exemple, je croyais que pour faire partie du cercle fermé de la télévision, il fallait absolument que l'on parle de moi. Je me souviens d'avoir souvent accepté de poser pour des photos, même avec mon chien. Il y a maintenant onze ans que j'anime mes propres émissions et j'ai appris lentement à prendre de la distance par rapport à tout le cirque médiatique. Je regarde à présent tout ce que l'on peut écrire sur moi sans devenir schizophrène et, surtout, sans être dupe des compliments ou des reproches. Il faut arriver à garder une certaine distance avec le personnage que l'on vous construit à votre insu.
N'avez-vous pas le sentiment d'être des produits que les chaînes achètent ?
MOF : Evidement, je n'ai pas la prétention de faire de l'art à la télévision. Pourtant, cela ne m'empêche pas d'essayer de faire avancer les idées de tolérance et d'ouverture d'esprit auxquelles je crois. Cela ne me dérange donc pas de faire partie d'un système et d'obéir à un certain nombre de règles. A 37 balais, je ne suis plus guère idéaliste et je ne me fais pas beaucoup d'illusions sur le système auquel je participe. Mais je ne vais pas cracher dessus car je suis un privilégier à qui l'on donne les moyens de travailler comme il l'entend. On peut donc aussi être intègre et heureux à la télévision.
MT : On ne devient pas forcément un produit, mais il faut vendre l'émission pour laquelle on a été embauché et sur laquelle mise une chaîne. Je crois aussi que pour être à l'aise dans un système, il faut en comprendre les enjeux. C'est pour cela que j'ai été contente de quitter le câble et LCI pour venir à M6, parce qu'on me proposait une émission où je prenais davantage le temps d'aller au fond des sujets, alors qu'auparavant je présentais des flashs info de sept minutes. D'autant que nous entrons dans une période électorale où tous les grands débats de société vont pouvoir être évoqués dans Zone interdite.
En étant producteur de son émission, Marc-Olivier Fogiel en est le responsable. Est-ce pour cette raison que vous êtes devenue rédactrice en chef de "Zone interdite" ?
MT : De toute façon, je suis responsable de Zone interdite puisque c'est moi qui présente ce magazine. Je suis entourée par deux autres rédacteurs en chef qui en connaissent parfaitement les rouages. Je suis une jeune journaliste, mais je veux pouvoir assumer cette émission en ayant un regard sur tous les sujets qui seront diffusés et rencontrer les invités.
Comment vous débrouillez-vous avec le "politiquement correct" qui semble de mise aujourd'hui ?
MOF : A M6, nous avons des réunions hebdomadaires depuis le mois de mai et c'est un propos qui revient tout le temps, car cette chaîne s'est toujours démarquée par sa liberté de ton et d'expression en cherchant à se différencier par rapport aux autres chaînes.
En travaillant pour une chaîne commerciale qui mise sur l'audience, ne risquez-vous pas d'être obligés de traiter des sujets racoleurs comme, par exemple, la chirurgie esthétique ?
MT : J'arrive dans cette émission et je vais présenter des sujets qui sont en préparation depuis des mois. Cela ne me pose pas de problèmes parce qu'ils sont intéressants et je commence à en proposer pour la fin de l'année. Si c'est pour reparler pour la énième fois des femmes qui se refont le nez, ça risque de "coincer" et je peux m'y opposer. Heureusement, nous sommes plusieurs à décider des thèmes traités et il y a un vrai échange entre nous. Ceci dit, on peut trouver des angles intéressants et nouveaux pour des sujets qui peuvent paraître aussi bateau que la chirurgie esthétique.
MOF : Je suis confronté à ce genre de problème avec un talk-show où l'on aborde presque toujours les mêmes thèmes, mais c'est la façon de le construire qui change. Et il n'y a rien de plus simple que de paraître intelligent sur des sujets dits "intelligents". C'est beaucoup plus difficile sur des sujets dits "légers" ou basiques. Il faut y apporter de la valeur ajoutée pour passionner encore les gens.
MT : Et puis, de toute façon, aucun sujet n'est prévu sur la chirurgie esthétique !
Comment avez-vous vécu cette période de transfert d'une chaîne à l'autre qui a fait couler beaucoup d'encre ? On vous a même surnommée "la poupée qui dit non" pour avoir refusé de devenir la remplaçante de Claire Chazal sur TF1 ?
MT : J'ai surtout retenu que j'avais eu raison de m'écouter et, ainsi, je n'ai aucun regret. Je voulais pouvoir avancer à mon rythme et c'est ce que je fais. J'ai aussi reçu des témoignages d'encouragements de proches et de journalistes que je respecte. Cela a largement contrebalancé des sobriquets tels que "la poupée" ou "la jolie fille qui a eu la trouille"...
Comment prenez-vous le fait d'être mieux payés qu'un professeur de faculté ou un médecin ?
MT : Chaque matin, en me levant, je me dis surtout que j'ai le privilège de faire un métier que j'aime. C'est le plus important.
MOF : Tout dépend de ce que l'on fait de son argent. Personnellement, je ne suis pas un flambeur. Ceci dit, je gagne très bien ma vie aujourd'hui, et je n'oserais pas comparer mon salaire à celui de ma soeur cardiologue.
Mélissa, quel conseil donneriez-vous à Marc-Olivier fogiel pour qu'il s'améliore ?
MT : Au départ, Marc-Olivier m'agaçait avec sa façon de poser des questions sans toujours écouter les réponses et cela me mettait mal à l'aise pour les invités qu'il recevait. Et, en même temps, cela m'amusait comme beaucoup de gens. Je trouve pourtant qu'avec le temps il a appris à mieux écouter et qu'il s'est adouci. Donc, tout va bien.
Et vous Marco ?
MOF : Mélissa est très mature et je ne peux que lui conseiller de ne pas croire à la valeur que l'on veut bien nous donner. Je crois qu'elle le sait déjà. Elle est dans le grand bain et s'en est très bien sortie.
Comment vos vieux copains vivent-ils votre notoriété ?
MT : Ils sont très enthousiastes mais aussi très détachés car la plupart ne travaillent pas à la télévision et ont leurs propres soucis. Pour me ramener à la réalité, il n'y a pas mieux.
MOF : Il me suffit d'aller dîner avec mon frère ingénieur et ma soeur médecin pour être recadré. La télévision, ça les fait juste marrer.
Propos recueillis par Michel Perrot
"C'est toujours un magazine d'information qui a su s'adapter à l'actualité. Il restera le même et j'y apporterai une nouveauté en le délocalisant souvent pour présenter les reportages dans des décors en extérieur et en province. Ce ne sera pas seulement un gadget de présentation, mais cela devrait apporter un vrai plus, comme nous l'avons fait dans le premier numéro consacré aux urgences psychiatriques de Bordeaux. Et la seconde évolution ne sera pas une révolution puisqu'elle avait déjà commencé la saison passée. On recevait un interlocuteur en plateau pour avoir une discussion libre après la diffusion d'un reportage. Cela permettra de susciter un débat constructif après chaque thème abordé."
