Accueil · Revue de presse · TV Grandes chaînes (Octobre 2006)

En Corse, au coeur de la Légion étrangère

Pour Zone interdite, la nouvelle de recrue de M6 est allée à la rencontre des commandos parachutistes. Elle s'est offert son premier saut. Nous étions là pour la séquence frissons.

Après une première sortie sur le terrain au service de psychiatrie de l'hôpital Saint-Anne, la journaliste, cette fois, a réalisé une vraie folie !

Calvi, fin septembre. L'équipe de Zone interdite est attablée au bar d'un hôtel du centre-ville. Sept personnes autour des deux rédactrices en chef, Mélissa Theuriau et Valérie Troisier, participent au dernier "brief". Ils tournent, dès le lendemain, des plateaux qui se grefferont au reportage de quatre-vingt-dix minutes, réalisé par le journaliste Bruno Evenou, consacré à la Légion étrangère. Consécration de cette journée au coeur du 2ème régiment étranger de parachutistes (REP), le plus prestigieux de la Légion : le saut en parachute de Mélissa Theuriau, en tandem et à 4000 mètres, avec le groupe de commandos parachutistes (GCP).

Le lendemain matin à 7 heures pétantes, Véronique, la maquilleuse, joue déjà du pinceau sur le ravissant minois de Mélissa. Sébastien Devaud, le réalisateur, et sa bande avalent leur café. Une demi-heure plus tard, l'équipe est sur zone. Sur le tarmac, les légionnaires bien en rang ne semblent pas s'émouvoir de la présence des caméras. "Nous avons l'habitude, explique le lieutenant Tual, conseiller juridique du REP. Les télés du monde entier viennent nous voir." Cette fois l'équipe de Zone interdite tourne les "Dans un instant", pastilles qui précèdent la publicité, le dimanche soir. Mélissa enchaîne sans ciller une dizaine de lancements. Tandis que les bleus, le visage pâle, s'apprêtent à embarquer pour leur premier saut en parachute, l'équipe file au camp Raffalli, à une portée de Famas de là. C'est l'heure de la revue de la garde. Comme tous les matins à 9 heures, au son du clairon, le lieutenant-colonnel Schiffer, commandant en second de la base, salue cinq légionnaires. Le moment est important. Avec 1200 soldats sous ses ordres, il n'a pas souvent l'occasion de rencontrer ses hommes. L'un d'eux veut partir. "Réfléchis bien, lui répond l'officier. Je sais que la vie est difficile ici, mais dis-toi bien que dehors, les codes sont différents..." Puis il confie à l'état-major de Zone interdite : "Nous leur offrons un cadre de vie singulier que ni les civils ni même les militaires du régime général connaissent. Un cadre très strict, certes, mais où chacun a un rôle social. A l'extérieur, le légionnaire le perd..." Le 2ème REP est aussi un monde où "tous les Brésiliens s'appellent Da Silva et les Allemands, Müller", selon Bruno Evenou, et où 72 nationalités cohabitent... Seul point commun : une même langue, le français. "Nous avons une méthode interne à la Légion, explique Schiffer. Au sortir de leur formation, les recrues ne sont pas bilingues, mais maîtrisent 300 à 400 mots." Une fois les talons tournés, le chef de corps en prend pour son grade : "Comment tu veux qu'ils s'en sortent avec 400 mots !" interroge Mélissa Theuriau, incrédule...

Repos, deux heures à tuer avant le déjeuner. Il est 9 heures et demie et le lieutenant Tual mène sa troupe vers le club de la 4ème compagnie, celle des tireurs d'élite. Un bar, un billard, des crêpes, du Nutella, du café filtre, des trophées et un immense écran plat qu'un sous-officier s'empresse de brancher sur M6. Sur les tables, la presse du jour - Corse matin et l'Equipe - ainsi qu'une pile de magazine Képi blanc, sur la vie de la Légion étrangère, surmontée du numéro spécial "Combat en zone urbaine". Mélissa Theuriau est au centre de toutes les attentions : elle doit sauter dans moins de quatre heures et avoue commencer à angoisser. "Evidemment qu'elle a la frousse, confie Sébastien Devaud. Mais elle fait bonne figure, elle n'est pas du genre à se mettre en avant." Alexandra Pisanti, chargée de production et "maman" proclamée de l'équipe, lui prête son spray relaxant à base de plantes. "Avec moi ça marche." Aux toilettes, le réalisateur de plateau se fait alpaguer par un légionnaire. "C'est pas la fille de M6 ? Elle était sur LCI avant, non ? Nous, dès qu'on voit une belle gonzesse, on suit sa carrière..."

Retour à l'aéroport, où la vedette du jour reçoit les consignes du caporal-chef Holcik, son instructeur. "C'est l'un des meilleurs du camp, souligne un pilote, surtout pour les vols en tandem. Il a plus de 500 sauts au compteur." La formation est courte. Valérie Troisier, qui sautera elle aussi, avoue qu'il y a "beaucoup d'informations à ingurgiter. Surtout pour Mélissa qui doit en plus faire un plateau en altitude, quelques secondes avant le saut".

"Franchement, elle est gonflée", conclut Alexandra Pisanti. Mélissa prend son envol, accompagnée de Sébastien Devaud. Le reste de l'équipe file à la base pour filmer l'atterrissage... et attend. L'avion tarde. Dix minutes passent avant que le légionnaire Dudu - un surnom - repère enfin un point noir avec ses jumelles : 4000 mètres, c'est haut. "A ce moment-là, je suis flippée comme jamais, confessera Mélissa. L'attente est tellement longue que tu as le temps de regretter. Mais autour de moi, les gars étaient plus calmes. Il y en avait même un qui dormait...". "Tiens, j'en vois un qui a quatre pattes", crie Dudu du haut de sa tourelle. Voile jaune, c'est Mélissa, en tandem. L'atterrissage est doux, comparé à celui des légionnaires. Première réaction à chaud : "Enorme, tu n'as pas idée. J'étais un oiseau ! Je suis heureuse." Cinq minutes d'allégresse tout au plus, et la nouvelle parachutiste replonge le nez dans ses fiches. L'adjudant-chef Evangelista, montagne de muscles italienne, rejoint son chef, le lieutenant-colonel Schiffer, pour l'interview. Evangelista et Schiffer, le casting fait beaucoup rire l'équipe. Mais la caméra tourne et Mélissa cuisine ses hôtes. Le ton est cordial, les sourires sont nombreux, même lorsque la journaliste relance Schiffer sur la question de l'apprentissage du français. Un brin gêné aux entournures, l'officier fait alors preuve d'une belle capacité à manier la langue de bois. De son côté, Evangelista a perdu un peu de sa spontanéité aux côtés de son supérieur. Il la retrouve, une fois déchargé de ses obligations médiatiques, pour juger Mélissa Theuriau : "Non seulement elle est jolie, mais en plus elle est courageuse. Car ce n'est pas donné à tout le monde de sauter de 4000 mètres." Et encore moins d'enchaîner directement avec une interview.

La présentatrice fait le point sur sa nouvelle carrière à M6

A 28 ans et après deux ans d'info sur LCI, la journaliste a trouvé sa place au sein de l'équipe de Zone interdite.

Un saut en parachute, c'est courageux, mais quel est l'intérêt sur le plan éditorial ?
Le saut, c'était mon petit défi personnel. L'intérêt était de faire pénétrer la caméra là où nul ne va jamais. Capter ce moment clé du quotidien des légionnaires parachutistes est une chance. Et lancer un sujet à 4000 mètres d'altitude, ce n'est pas mal... Le reportage de Bruno Evenou se termine par le 2ème REP. Il était logique de s'y arrêter un peu.

N'est-ce pas frustrant de n'être sur le terrain que pour quelques heures ?
C'est mon travail d'aller à l'essentiel en vingt-quatre ou quarante-huit heures. Effectivement, c'est très peu pour assouvir sa curiosité, mais on ne peut pas tout faire. Je suis déjà très heureuse de sortir et de découvrir des mondes singuliers comme le 2ème REP. Si j'en veux plus, libre à moi d'aller ailleurs. Je vais pas exemple tourner un sujet pour 66 minutes sur les coulisses d'Astérix 3 [Astérix aux Jeux olympiques, ndlr]. La direction de M6 a tenu sa promesse de me laisser aller sur le terrain.

Quel regard portiez-vous sur Zone interdite avant d'y arriver ?
Positif, évidemment. C'est l'une des rares émissions qui a su grandir avec la société sans jamais racoler. Elle ne cède pas à la facilité.

Vous semblez très appréciée de l'équipe...
J'ai surtout le sentiment que mon envie et mon enthousiasme transparaissent. L'équipe a compris que j'étais là avant tout pour m'investir. Elle sait également que je resterai fidèle à l'esprit d'une émission qui a maintenant quinze ans d'existence.

La tradition, à M6, veut que les présentateurs des magazines prennent le titre de rédacteur en chef. C'est votre cas, mais il en existe déjà deux, Jean-Marie Tricaud et Valérie Troisier...
Ce n'est qu'un titre, de toute évidence. Le rôle de rédacteur en chef, à proprement parler, est assuré par Jean-Marie, Valérie et Marine, rédactrice en chef adjointe. Tous les trois sont les garants de l'émission, et je ne souhaite pas que les choses changent. Pour autant, je dispose de beaucoup de liberté. Ainsi, je peux dire ce que je pense, proposer des angles... Et surtout, on m'écoute ! Chaque numéro de Zone interdite est un numéro collectif. Cela me plaît et me force à m'investir un peu plus.

Stéphane Roszewitch

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