Accueil · Revue de presse · TV Magazine (Juin 2007)

« Le sentiment de faire mon métier »

Mélissa Theuriau avec les réfugiés du Darfour

Les coulisses de son reportage pour Enquête exclusive, sur M6

Participant à une spéciale Darfour organisée dans le cadre d'Enquête exclusive, sur M6, Mélissa Theuriau signe un reportage de dix minutes sur les réfugiés d'un camp installé sur la frontière entre le Tchad et le Darfour. Une expérience forte et bouleversante dont elle confie le récit à TV Magazine.

La soirée présentée par Bernard de La Villardière (qui a enregistré des plateaux sur le terrain), débute avec un document inédit de 47 minutes sur le massacre de deux villages au coeur du Darfour. Des images de Thomas Dandois et Pierre Creisson pour Tony Comiti et Camicas.

"Ce camp devait être provisoire, mais il existe toujours. Les gens vivent dans un état de précarité alarmante, un dénuement total. Il faut imaginer ces quatre années de peur, la main sur son couteau, la crainte constante des attaques janjawids (milices armées)... J'ai rencontré une maman d'à peine mon âge qui a été chassée de son village avec ses deux enfants. Depuis des mois, on évoque cette masse de réfugiés, mais mon ambition était de personnaliser ces souffrances, de réaliser de vrais portraits."

"J'ai pu recueillir des témoignages de réfugiés dans le camp de Farchana, un site difficile à atteindre parce qu'il est installé sur la fameuse route des coups d"Etats, entre le Tchad et le Darfour. 20 000 réfugiés y survivent depuis quatre ans. C'est une ville. En huit jours, seule avec un cadreur, j'ai pu prendre le temps de rencontrer des familles, d'établir une confiance. Je ne pouvais pas activer la caméra dès le premier jour. Quand la tente s'ouvre et qu'on vous propose d'entrer pour être à l'abri des regards, les gens se livrent et parlent de ces cauchemars dont ils ne guériront probablement jamais. Ils paniquent parce qu'ils se demandent ce qu'ils deviendront si les ONG les lâchent. Seuls les enfants nous permettent d'y croire encore."

"C'est la première fois que je pars dans un pays en guerre. Cela me tenait vraiment à coeur. Quand on revient, on se sent extrêmement gâté par la vie. La direction de l'info et l'équipe de Bernard m'ont accueillie et me permettent de diffuser ce sujet. J'espère avoir mis un orteil dans une porte. Cela me permettra peut-être de repartir, en plus de Zone interdite. Là, j'ai vraiment le sentiment de faire mon métier en étant un relais, une écoute, le témoin d'un drame."

Propos recueillis par Emmanuel Galiero