Sur le terrain de l'info
Avant de partir en vacances au Canada, la rédactrice en chef de "Zone interdite" revient sur cette première année passée à M6, sur les inédits de l'été de "Zone interdite" et sur son expérience au Darfour.
Rendez-vous à 15:00. Devant un immeuble de l'avenue Charles-de-Gaulle, à Neuilly-sur-Seine, à deux pas du siège de M6, l'attachée de presse m'attend avec un badge d'accès. On n'entre pas ici comme dans une supérette ! Ascenseur, direction le 8e étage. Dans un bureau, au fond de la rédaction de "Zone interdite", Mélissa Theuriau range des dossiers et des livres annotés : dans quelques heures, elle s'envole pour le Canada où elle passe ses vacances. Souriante, elle propose un café, s'assure que son portable est sur "silencieux", puis s'installe autour d'une table ronde, prête à répondre à nos questions.
Pour les inédits de "Zone interdite", vous nous emmenez à Ibiza, en Espagne...
C'est un cadre spectaculaire, très révélateur de nos habitudes de vacances, comme de notre type de consommation estivale.
Comment s'est passé le tournage ?
Nous avons tourné durant huit jours, deux émissions par jour. C'était beaucoup de travail, mais chacun partageait la même inquiétude et la même confiance. Il n'y avait pas de hiérarchie : que des gens concentrés sur un objectif commun. Ca peut sembler idyllique, mais je suis convaincue que c'est de cette façon que l'on fait le meilleur travail.
Justement, après une saison passée à M6, c'est l'heure d'un premier bilan...
En arrivant sur "Zone interdite", je voulais m'impliquer plus en profondeur sur les sujets. Dans ce sens-là, le challenge est réussi à 100%. J'ai rejoint une équipe qui communique beaucoup, une rédaction où tout le monde fait partager son énergie, ses points de vue et ses engagements. Ce sont les conditions de travail que je recherchais. Cette année m'a apporté beaucoup de plaisir et j'ai la volonté que cela dure encore longtemps !
Malgré l'épisode mouvementé de votre transfert, l'été dernier, vous n'avez eu aucune difficulté à vous intégrer ?
Quelques journalistes sont arrivés en même temps que moi, donc je n'étais pas la seule "petite nouvelle". Quant à ceux qui travaillaient sur le programme auparavant, ils ont fait preuve d'une curiosité saine, ils étaient heureux de travailler avec de nouvelles têtes. Je n'ai jamais eu le sentiment d'être à part.
Les dirigeants de la chaîne vous ont-ils fixé des objectifs d'audience ?
On ne m'a jamais parlé de chiffres à atteindre. La pression, je me la suis mise toute seule ! Reprendre une émission qui existe depuis une quinzaine d'années et qui s'essouffle pas, c'est rassurant.
En reprenant les rênes de "Zone interdite", vous avez sorti l'émission des studios. Pourquoi ?
Pour offrir aux téléspectateurs une meilleure compréhension des thématiques que nous traitons. Quand vous rencontrez une ouvrière dont l'emploi est menacé par une délocalisation, dans un studio de télévision, à Neuilly, avec des caméras partout, c'est intimidant et vous obtenez un témoignage tronqué, qui manque d'émotion. Lorsque vous vous déplacez dans son usine, en petite équipe, que vous vous intéressez à son travail, elle se livre avec plus d'intensité. Et là, j'ai l'impression de remplir mon rôle.
Vous ne jurez donc plus que par le terrain !
C'est l'essence du métier. Il faut aller là où se joue l'actualité : c'est fondamental pour décrypter les phénomènes qui nous entourent. Thomas Valentin et Jérôme Bureau, le directeur des programmes et le directeur de l'information de M6, ont su être à l'écoute de mes attentes. Ils ont eu l'intelligence de ne pas me cantonner à la présentation de "Zone interdite".
Le direct ne vous manque pas ?
C'est vrai que cela procure des bouffées d'adrénaline absolument géniales. Disons que c'est peut-être la seule petite chose que je ne ressens plus. Mais, en même temps, l'écriture du direct est trop frustrante, on passe du Proche-Orient à un résultat de football en trois secondes ! Maintenant, j'ai le temps de me plonger dans un sujet qui m'intéresse vraiment.
Pour beaucoup de journalistes, passer à l'antenne représente un aboutissement après des années sur le terrain. N'avez-vous pas le sentiment d'avoir fait le parcours à l'envers ?
Dans les deux cas, notre but est d'informer. Je ne crois pas qu'il y ait d'ordre ou de parcours à réaliser dans un sens ou dans un autre. Tout au long d'une carrière, il n'y a que des choix à faire, des opportunités à saisir, des envies à assouvir. J'ai juste le sentiment de faire mon métier sincèrement.
Et ça ne biaise pas les rapports avec vos interlocuteurs ?
C'est justement un des défis que je voulais relever. Ca change peut-être le regard des gens qui ont déjà le sentiment de me connaître, mais ça crée également des rencontres plus directes et une prise de contact beaucoup plus sympathique.
Comment se détermine le choix des sujets ?
Dès que l'un de nous a une proposition, il en fait part à toute l'équipe. A ce moment-là, on voit si le sujet est viable, s'il y a suffisamment de matière pour partir en reportage, s'il sera toujours d'actualité quand il passera à l'antenne et, surtout, s'il n'a pas été traité récemment par d'autres émissions d'actualité. Nous travaillons également avec des agences de presse, comme Tony Comiti Productions, qui nous fournissent des reportages.
En tant que corédactrice en chef, vous participez à toutes les étapes...
De la prise de contact avec les intervenants jusqu'au montage et la présentation du sujet en plateau.
Il y a quelques semaines, vous étiez au Darfour, pour "Enquête exclusive". Comment passe-t-on des camps de réfugiés aux plages d'Ibiza ?
C'est compliqué. On ne rentre pas indemne du Darfour. En même temps, c'est la force que l'on doit trouver pour exercer ce métier : il faut se protéger, ne pas se laisser submerger par ce que l'on voit. Quelles que soient les situations, je dois garder la même énergie.
Que pensez-vous de la très forte médiatisation dont vous faites l'objet ?
Je ne suis pas une artiste, je ne veux pas me laisser bercer par les sirènes de la célébrité. J'essaie de me blinder : il y a une presse que je ne lis pas, donc qui ne m'atteint pas. Internet, je n'y vais pas non plus. Je me lève le matin, concentrée sur les émissions à venir, sur ce qu'on attend de moi, et c'est tout.
Vous partez en vacances dans quelques heures... Avec-vous déjà une petite idée de ce que sera "Zone interdite" à la rentrée prochaine ?
Je ne peux pas encore le dire, mais une chose est sûre, nous allons essayer d'être encore plus près de l'actualité. Par exemple, en suivant des procès, en assistant au verdict, en recueillant les témoignages à chaud. Sur certains thèmes, l'éclairage de l'instantané révèle mieux les enjeux de notre société.
Entretien : Jérôme Ivanichtchenko
Frédéric Lopez ?
"C'est un ami, un mot qu'on prononce rarement à la télévision ! Il est le premier à m'avoir fait confiance sur Match TV."
"Secret Story" ?
"Je ne regarde pas, je n'y vois aucun intérêt."
Claire Chazal ?
"Elégance, justesse du ton... C'est une très grande professionnelle."
La fin d'"Arrêt sur images" ?
"Dommage ! La télévision a besoin qu'on la critique."
Des comiques à la télé ?
"Florence Foresti, Blanche du Jamel Comedy Club et Dieudonné, dans sa période Elie et Dieudo, me font hurler de rire."
