Au coeur de la justice
Mélissa Theuriau attaque fort sa rentrée. Dans Zone interdite, la journaliste aux yeux dorés présente un reportage exceptionnel qui s'est déroulé pendant six mois dans la maison d'arrêt d'Amiens. Violence, suicide, trafic de drogue, le bilan est inquiétant. À l'aube de présenter une nouvelle loi pénitentiaire, Rachida Dati, ministre de la Justice, répondra aux questions de Mélissa Theuriau.
Rachida Dati vous a accueillie au ministère de la Justice, place Vendôme à Paris, pour les besoins de la photo. Mais pour l'enregistrement de Zone interdite, c'est vous qui la recevez...
Oui, nous avons eu la chance de mettre en place ce plateau et cette invitation avant que ne fusent l'actualité et les critiques concernant, notamment, les départs qui se sont produits au sein de son ministère.
Combien de temps durera l'entretien ?
Une quinzaine de minutes. Nous aurons beaucoup de sujets à traiter, qu'il s'agisse de la libération de Francis Evrard et du traitement des pédophiles, et surtout des conditions carcérales.
Vous diffusez un reportage détonnant sur cet univers...
Nos équipes ont passé six mois dans la prison d'Amiens, qui n'est ni l'une des pires - il aurait été facile de montrer du doigt les établissements les plus sordides - ni l'une des plus « exemplaires » aux normes d'hygiène élevées. C'est une prison ordinaire. Le reportage rend compte des difficultés qu'éprouvent les surveillants dans leur métier, mais aussi des conditions de détention qui sont à la limite du respect de la dignité humaine. Car la France compte 63 000 détenus pour 53 000 places. Nous avons dû flouter les visages de ceux qui souhaitaient s'exprimer à découvert, car l'administration les prive de leur droit à l'image.
Vous avez saisi des images de trafics de drogue dans la cour de la prison. Un détenu préfère même rester enfermé 24 heures sur 24 dans sa cellule depuis six mois plutôt que de risquer un mauvais coup. On pense presque à un Prison Break à la française. Comment va réagir Rachida Dati ?
Son parcours d'ancienne magistrate et ses fréquents déplacements en prison l'ont avertie de ce genre de choses. En revanche, l'émission rend compte d'une réalité qui peut lui échapper : la difficulté de l'accès aux soins. J'ai été choquée de voir qu'en raison du non-accompagnement des prisonniers et de l'atmosphère qui règne en prison, un détenu pour braquage est abruti par les médicaments pour soigner sa dépression. Résultat, il ressort de là héroïnomane. C'est un scandale qu'on n'aurait pas pu suivre en trois semaines. Rachida Dati est à la veille de présenter sa loi pénitentiaire. Cette loi demeurera-t-elle encore dans la répression ou la ministre va-t-elle plaider pour un aménagement des peines ? Nous l'attendons beaucoup sur ces sujets.
On vous reproche parfois de ne pas vous impliquer assez dans votre métier ni de faire de reportages. Qu'en pensez-vous ?
Présenter Zone interdite est un choix journalistique. Il va de soi qu'en étant rédactrice en chef de l'émission, je n'ai pas le temps de réaliser des sujets, sauf à les traiter n'importe comment. En acceptant ce poste, je savais qu'on ne verrait qu'une présentatrice. Mais, en amont, chaque sujet représente des mois de travail et de soins. Je n'en ressens donc ni frustration ni honte. Cependant, je clame aussi depuis longtemps que j'ai très envie de faire du reportage. Je vais d'ailleurs continuer de collaborer cette année avec Bernard de La Villardière sur une nouvelle thématique et proposer des sujets pour l'émission 66 minutes. La route est longue et je n'en suis encore, je l'espère, qu'au début du métier.
Cela ne vous agace-t-il pas que la presse people ne s'intéresse qu'à votre vie privée ?
Je ne m'y intéresse pas. Cela ne me pollue pas, ne me handicape ni ne m'obsède. Je ne m'attendais évidemment pas, au début de ma carrière, à ma surmédiatisation. Je continue à trouver cela surréaliste et aberrant. Mais les critiques et les compliments ne m'empêchent pas de travailler. Nous préparons pour l'automne des numéros forts telles la maltraitance des personnes âgées ou la façon dont vivent les smicards. Mon combat est dans les sujets que j'ai coeur à défendre et qui sont notre devoir sur Zone interdite.
Propos recueillis par Gilles Boussaingault
