Rencontre explosive avec celle qui fait flasher l'info
Des matins de LCI au prime sur M6, sans passer par le pont d'or tendu par TF1. De Voici à Gala, sans perdre un gramme de crédibilité. Mélissa allume la télé, donc. Doublement. Mélissa séduit, Mélissa emballe, un peu malgré elle, et c'est la télé qui devient glamour, dans la lumière des projecteurs braqués sur la belle. Et s'il le faut, Mélissa allume la télé : pas dupe, moins jolie poupée de l'info que pasionaria en formation, Mélissa sait ce qu'elle fait et sait ce qu'elle veut. Mélissa, belle image, pas si lisse. Alors forcément, la télé, nous, on la rallume.
A voir l'année qui vient de s'écouler, on se dit que vous avez une façon très minutieuse et stratégique de gérer votre carrière.
Vous trouvez ?! Vous êtes le premier à me le dire...
Ah bon ? Enfin quand même, après l'épisode du refus opposé à TF1, vous quittez LCI et négociez deux émissions avec le groupe M6, dont un que vous présentez en prime time (Zone interdite sur M6 et 2, 3 jours avec moi sur Paris Première). C'est pas si mal géré.
Les deux émissions sur lesquelles je travaille en ce moment sont celles qui correspondaient le plus à mes attentes. Je ne suis pas carriériste : mes choix ne sont motivés ni par l'argent, ni par la reconnaissance. Ce que je recherche avant tout, c'est la liberté. Même si, évidemment, on n'est jamais complètement libre.
Rédactrice en chef à Zone interdite, c'est une façon de gagner votre crédibilité de journaliste télé ?
Ce n'est pas la question. La seule chose qui me motive, c'est l'intérêt de l'émission que je présente. LCI, c'était l'adrénaline du direct, de l'info brûlante et immédiate. Sur Zone Interdite, on prend le temps nécessaire pour décrypter et comprendre nos sujets. Le concept, c'est de mettre la société en perspective. Après, je ne dis pas qu'on peut tout dire. C'est normal : l'émission est une institution, c'est une grosse machine, qui répond à tout un tas de règles. Mais ce n'est pas un frein pour autant. L'idée, c'est de s'en servir pour pointer le curseur sur des sujets un peu différents.
Parce que vous avez vraiment l'impression de tendre le micro à des gens qui n'ont pas la parole ?
Oui. Evidemment, il y a un équilibre à trouver, il faut ménager la chèvre et le chou. Mais quand on fait passer un sujet sur les prisons qui dénonce le scandale du système carcéral français, je suis fière de l'émission. On a fait une véritable analyse de la question, qui a été suivie par 3,6 millions de personnes. On prépare en ce moment un sujet sur la précarité des smicards. Alors bien sûr, en contrepartie, on est obligé de faire des reportages sur les campeurs ou les milliardaires...
Aujourd'hui, l'info est partout, de la presse payante à Internet, des gratuits à la télé. Comment on s'y retrouve, nous ? Et vous, d'ailleurs, quelle est votre place dans tout ça ?
C'est une vraie richesse de pouvoir consommer l'information d'absolument partout et n'importe quand. Mais il faut voir que tous ces canaux constituent aussi une opportunité pour ceux qui veulent fabriquer de l'info à moindre coût. Le vrai souci, c'est la frontière entre info et communication. On est dans une situation aujourd'hui où on ne sait plus si un énième rendez-vous presse de Sarkozy va être une opération de com ou une annonce importante. Résultat : on est obligé d'y aller de toute façon, au cas où. Mais la vraie instrumentalisation de l'information, en France comme ailleurs, c'est celle qui est guidée par la logique de l'audimat, le tout sensationnel, exemplairement les sujets sur l'insécurité. C'est surtout frustrant quand on fait des news et qu'on voit un sujet en chasser un autre en fonction de l'impact immédiat dans l'opinion. La politique tombe dans le même écueil aujourd'hui, en répondant par des lois à chaque fois qu'un scandale fait la une. On nous impose de réagir à des faits qui suscitent une émotion collective. Concernant les médias, ce qui est intéressant en revanche, c'est que chaque support a sa manière de traiter l'info. Regarder le JT n'empêche pas d'acheter le journal ou d'écouter la radio. J'écoute beaucoup la radio. Nova, par exemple, voilà une radio qui permet de parler librement et qui donne la parole à des gens qu'on n'a pas l'habitude d'entendre.
Le problème, c'est surtout que l'info aujourd'hui arrive beaucoup plus vite.
Le problème, c'est qu'on n'a pas le temps de l'analyser. Inexorablement, le meurtre de demain va chasser l'attentat d'hier. C'est un engrenage. C'est aussi pour ça que j'ai voulu quitter la présentation du JT, pour sortir du rythme imposé par l'émotion collective.
Oui mais au fond, on sait bien que la télé sert à faire vendre des yaourts.
Alors utilisons le fait qu'on a des vendeurs de yaourts prêts à financer la télé pour glisser entre deux pages de pub des informations sensées. Infiltrer les heurs de grande écoute avec des sujets qui mettent le doigt sur des problématiques qui font mal. C'est vrai que la télé est de plus en plus diluée dans la consommation. Mais c'est parce qu'elle refuse d'envisager autre chose, or il y a de la place pour d'autres programmes que la télé-réalité et les jeux. Et je crois qu'une émission comme Zone Interdite, régulièrement, peut remplir ce rôle.
Justement, dans l'émission sur les prisons, il y a une séquence où le journaliste insiste, comment dire, un peu lourdement, en interrogeant un détenu à propos de sa peur de ne plus revoir ses enfants, et le récit du type se finit dans un sanglot. Question recul et refus de l'instrumentalisation des émotions, c'est pas encore ça...
Je comprends cette remarque, et on se bat contre le pathos d'une façon générale, mais là je ne suis pas d'accord. Le commentaire de Xavier Deleu, qui a réalisé le reportage, est très court pour ce type de sujets, quasi absent sur 90 minutes. Quand son interlocuteur évoque ses enfants, il a la gorge nouée, c'est normal. Et quand Xavier lui repose la question, c'est surtout un moyen de dire combien il est important de ne pas briser le lien entre les détenus et leur famille. On essaie de rester dans un rapport mesuré, et en même temps, on est dans un reportage qui dure près de deux heures, donc il faut faire en sorte que le spectateur s'attache aux personnages. On ne peut pas se contenter de poser la caméra et de faire une doc à la Depardon. Sur le fond, je suis d'accord avec ce type de reproches adressés à la télé, mais à ce moment-là, on fait du documentaire de cinéma. C'est un tout autre format, que j'adore, j'en regarde beaucoup. Mais quand on fait un magazine d'info à 20h50, il y a des lois à respecter, qu'on les aime ou non. Et je ne suis pas convaincue qu'il faille à tout prix chercher à nier l'émotion.
Est-ce que vous vous sentez à l'aise dans cette case des "reines de l'info" où la presse vous a installée aux côtés d'Anne-Sophie Lapix, Marie Drucker, Laurence Ferrari...
Je trouve que c'est un peu épuisant, ce besoin de peopliser tout et n'importe qui, de catégoriser systématiquement. C'est un peu débile, mais bon, ça correspond à un besoin de cette presse. J'ai décidé que ça ne m'intéressait pas. Si on s'énerve à cause d'une couverture garnie de photos volées, pour finir sur un procès, tout ça prend des proportions démesurées. Mais si on décide que ça ne raconte rien et que c'est complètement anecdotique, alors on passe à autre chose, toute simplement. De toute façon, entre ma vie privée et ma vie professionnelle, il y a deux portes avec un long couloir au milieu.
Votre vie privée, on avait failli oublier. Est-ce que le fait d'être en couple avec un artiste très connu a modifié la façon dont les gens vous perçoivent ?
Je n'en sais rien et ça ne m'intéresse pas. Rien n'a changé. Si, une chose : la quantité de courriers racistes que j'ai reçus. C'est assez effroyable d'être confrontée d'un coup à la haine de ceux qui m'envoyaient des fleurs ou qui m'écrivaient pour me dire que j'étais une icône du journalisme à la française. Pour tout vous dire, ça ne me rassure pas vraiment sur l'état du pays dans lequel je vis.
Par Romain Cole
