Accueil · Revue de presse · TV hebdo (Novembre 2007)

Aux assises

Nous avons suivi la journaliste en exclusivité sur le tournage d'un procès en Corse.

Ajaccio, 26 octobre, Mélissa Theuriau et toute l'équipe de Zone interdite ont posé leurs caméras au centre du palais de justice d'Ajaccio. Actuellement en rénovation, il est saisi pour une affaire criminelle en appel. Le magazine de M6 nous offre ainsi une incursion rare dans l'univers judiciaire des assises. L'équipe de Zone interdite a déplacé son plateau en Corse pour prolonger un reportage exceptionnel d'Olivier Pighetti, Crime passionnel, comme lors du numéro sur les prisons, diffusé récemment.

Le tournage d'un procès en direct est délicat. Mélissa Theuriau raconte : "Oliver Pighetti a contacté le ministère de la Justice pour ce documentaire. Il lui a été répondu qu'en principe, la loi interdit un tel enregistrement, mais que, si le président de la cour d'assises l'autorisait, le ministère ne s'y opposerait pas". L'autorité judiciaire de Haute-Corse était d'accord à condition de trouver une affaire où toutes les parties accepteraient la présence des caméras. "Les autorisations ont été plus faciles à obtenir que je ne l'imaginais, se souvient Olivier Pighetti. J'ai l'impression les magistrats ont envie d'ouvrir leurs portes au public, encore plus depuis l'affaire d'Outreau. En France, on aime se tourner vers la justice quand on en a besoin mais on la critique beaucoup. Là, les protagonistes avaient l'occasion de montrer la réalité de leur travail". Mélissa Theuriau approuve : "Cela permet d'ouvrir un peu la justice au public. Les protagonistes avaient conscience que s'ils voulaient faire bouger les choses, cela était nécessaire".

Olivier Pighetti a donc suivi pendant cinq jours le procès de Patrick Sartori aux assises de Bastia. Celui-ci est suspecté d'avoir tué l'amant de la jeune femme dont il était épris (voir encadré). Il a déjà passé plus de vingt-sept ans en prison, notamment pour le meurtre d'un bijoutier. Trois autres personnes étaient également poursuivies pour complicité ou non-dénonciation de crime. Vengeance ? Règlement de comptes ? Crime passionnel ? C'était aux jurés de trancher, avant que le ministère public ne décide de faire appel des condamnations prononcées.

"Les assises ont souvent fait l'objet de reportages, raconte Jean-Marie Tricaud, l'un des trois corédacteurs en chef de l'émission, alors toutes la difficulté consistait à trouver une façon différente de les raconter et de dévoiler au public les choses qui n'avait jamais vues. L'intérêt, cette fois-ci, est que nous avons obtenu des autorisations exceptionnelles. Les avocats ont même accepté de porter des micros et de nous laisser capter leurs conversations en aparté, entre eux ou avec leur client. Ainsi, nous avons pu être au plus près de la réalité du procès".

Entre le 22 et le 26 octobre derniers, la cour d'assises d'Ajaccio a jugé l'affaire en appel. Arrivés au cours de ce nouveau procès, Mélissa Theuriau et Jean-Marie Tricaud ont suivi la fin des débats et les plaidoiries des avocats. Les trombes d'eau, qui ont inondé la salle prévue pour les délibérés du jury, ont cependant un peu compliqué leur travail. "Ce type d'enregistrement est à la fois simple et compliqué, affirme Alexandra Pisanti, chargée de production sur Zone interdite. On reste tributaire de paramètres extérieurs qui s'ajoutent aux conditions du direct - autorisations administratives, météo, etc".

L'essentiel des plateaux a été finalement enregistré quand le jury est parti délibérer. Alors que la présidente de la court d'assises, Marie-Laure Piazza, annonçait le verdict, le frère de la victime n'a pas attendu la fin, sortant brusquement de la salle, visiblement furieux des peines qu'il devait juger trop clémentes. Des caméras placées à l'extérieur sont parvenues à enregistrer les réactions des protagonistes. Restés dans la salle, maître Martial, avocat de Patrick Sartori, et maître Ospital, conseil de la partie civile, ont donné leurs impressions à Mélissa Theuriau : "Les filmer à chaud permet de comprendre l'essence même de leur travail. Leurs propos n'auraient pas eu la même teneur a posteriori".

Ajoutées au reportage, ces ultimes interviews permettent d'appréhender l'affaire dans son intégralité. Et, à travers elle, de comprendre un peu le fonctionnement de la justice criminelle.

Anne Lenoir

De l'affaire au film

En décembre 2001, Adam Mazari disparait dans le maquis corse. Quelques mois plus tard, les langues se délient et son corps est enfin retrouvé. Amoureux de la même femme que la victime, Patrick Sartori est suspecté. Son procès a lieu en septembre 2006 devant les caméras de Zone interdite, qui reviennent filmer le verdict de la cour d'appel un an plus tard. Bénéficiant des autorisations les plus larges, Olivier Pighetti signe un documentaire fort et captivant, prenant jusqu'aux apartés des avocats avec leurs clients.