Son scoop pour les 15 ans de Zone interdite
Pour cette émission spéciale, la journaliste a décroché la première interview de Jacques Chirac depuis son départ de l'Elysée. Nous étions dans les coulisses de l'enregistrement.
Elle nous reçoit dans son minuscule bureau, aménagé derrière les parois vitrées dans la rédaction de Zone interdite, encombré de livres et de dossiers. Calée dans son grand fauteuil noir, Mélissa Theuriau répond à nos questions devant un café. Le ton est ferme, le regard, soutenu.
Avez-vous ressenti beaucoup de pression pour cette spéciale ?
Pression n'est pas le mot. C'était un challenge excitant à relever. Il a fallu sélectionner les reportages les plus forts, retrouver les protagonistes.
Quels témoignages vous ont le plus marquée ?
Les combats que mènent les femmes : Chloé, sortie de l'enfer de l'anorexie; Laurence Ségura, qui se consacre aux droits des femmes de détenus; Maryvonne Biret qui tente de faire libérer son fils, emprisonné au Guatemala.
Vous n'avez montré aucun stress durant l'enregistrement...
J'ai un stress, constructif, quand on prépare des dossiers. Face aux caméras, j'essaie d'adopter le ton juste pour que les témoins se livrent.
Vous avez réalisé la première interview du président Chirac depuis son départ de l'Elysée...
Ma spontanéité et mon culot ont été payants. Il s'est exprimé sur la prévention routière, un des grands chantiers de son quinquennat. Il a évoqué aussi sa Fondation pour le développement durable et le dialogue des cultures. C'est une entrevue forte.
Etiez-vous impressionnée ?
Un peu, car il a gardé sa stature de chef d'Etat. Mais ne plus être au pouvoir rend son expression plus libre, donc sa parole plus attachante. C'est un vrai cadeau qu'il nous a fait. Je lui dis merci.
Votre titre de rédactrice en chef est-il juste honorifique ?
Heureusement que non ! C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai rejoint Zone interdite : pour m'investir dans la conception de l'émission, le choix des sujets. Nous sommes trois rédacteurs en chef et pas toujours d'accord !
M6 a lancé deux autres magazines d'info : 66 minutes, présenté par Aïda Touihri, et 100% mag, avec Estelle Denis. De la concurrence, non ?
Pas du tout ! Je suis ravie. Aïda est une de mes très chères amies. On se soutient. J'adore son émission.
On reparle d'un journal de 20 heures sur la Six. Seriez-vous intéressée ?
Bien sûr que non ! J'ai fait trois ans de JT sur LCI. Certes, l'adrénaline du direct me manque mais je connais les frustrations de cet exercice : annoncer les nouvelles sans pouvoir les approfondir. Je préfère de loin le terrain et la réflexion d'un magazine où l'on creuse les sujets.
Quels sont vos projets ?
Je réfléchis à un magazine d'infos différent de tout ce qui existe. Les nouveaux défis, c'est mon moteur. J'aimerais aussi poursuivre le mensuel 2, 3 jours avec moi sur Paris Première, où j'emmène une personnalité dans une ville qu'elle aime. Je pars d'ailleurs bientôt à Séville avec Virginie Ledoyen. Cette émission, c'est mon bébé.
Vous avez travaillé avec Thierry Gilardi sur LCI en 2005-2006. Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois ?
Quelques jours avant sa mort. Il était en grande forme. J'ai du mal à réaliser qu'il est parti. Il est toujours avec moi (elle regarde, émue, au-dessus de son ordinateur, une carte de voeux de l'époque Canal+ où il s'était mis en scène, ndlr). C'était un homme généreux, joueur, curieux. Travailler avec lui fut délicieux.
Que faites-vous de votre temps libre ?
Je profite des mes proches, je lis, j'écoute de la musique, je sors au théâtre, je visite des expos. Je cours beaucoup maintenant que j'habite près de la Seine. Le jogging le matin sur les quais, c'est un bonheur. Ca m'aide à rester zen.
Emmanuel Ducasse
Présentateur et rédacteur en chef de 1998 à 2005 :
"Cela faisait 15 jours que j'étais arrivé à M6 quand on m'a confié la barre de ce paquebot en 1998, après la démission soudaine de Florence Dauchez. Je revendique le rôle de Zone interdite dans le débat sur la sécurité routière. Après sept saisons, je manquais de fraîcheur. J'ai choisi de partir. Mélissa a donné un nouveau souffle au magazine. Elle n'est pas simplement un joli minois : elle apporte du fond aux sujets traités, et se révèle douée sur le terrain."
Effervescence au Centre Pompidou. Le restaurant Georges est réservé à l'enregistrement des 15 ans de Zone interdite. Mélissa Theuriau enchaîne les lancements de sujets et interviews. Jean-Marie Tricaud, rédacteur en chef depuis 2001, explique : "Notre objectif est d'alimenter le débat public, avec des enquêtes à contre-courant du discours dominant." En coulisses, les patrons de la Six défilent. Tous saluent le professionnalisme de Mélissa. A l'écart, Chloé sirote un soda. Son témoignage sur l'anorexie avait bouleversé le public en 2002 : "J'ai hésité à venir car cette maladie mentale a pris 8 ans de ma vie. Mais je remercie Zone interdite, qui m'a aidée dans ma guérison." Après 3h30 d'enregistrement, place au gâteau d'anniversaire. 15 ans, quel bel âge !
