Accueil · Revue de presse · TV hebdo (Mai 2008)

Sans interdits

Elle est le visage de "Zone interdite", qui fête ses quinze ans. Une journaliste aussi passionnée pour évoquer son métier que farouchement discrète sur sa vie.

Créé en mars 1993 par Patrick de Carolis, Zone interdite, magazine de reportages et d'enquêtes de société, a 15 ans. Depuis septembre 2006, Mélissa Theuriau en assure la présentation après Florence Dauchez, Bernard de La Villardière et Anne-Sophie Lapix. Le jour de cet entretien, la journaliste est loin, le temps d'un week-end prolongé, et répond, l'oeil fixé sur le niveau de la batterie de son mobile car elle a oublié son chargeur à Paris.

Votre scoop, c'est l'interview exclusive de Jacques Chirac. Comment l'avez-vous obtenue ?
J'ai simplement transmis ma requête, comme beaucoup d'autres, à son service de presse. Et ce parce qu'il n'avait pas parlé publiquement depuis son départ de l'Elysée et qu'il s'apprête à présenter le 6 juin sa fondation consacrée au développement durable et au dialogue des cultures par une journée spéciale au Quai Branly avec beaucoup d'invités d'honneur.

Quel était le rapport avec ce "Zone interdite" ?
Je voulais l'avoir pour trois raisons. D'abord, la lutte contre l'insécurité routière, qui est un combat phare de notre émission citoyenne, et ce fut un des engagements du second mandat de Jacques Chirac. Ensuite, le lancement de sa fondation pour recueillir des détails sur ses nouveaux engagements. Enfin, avoir ses impressions sur Zone interdite. Je sais qu'il nous regarde, qu'il y avait participé en direct en 1995 quand il était candidat. Le recevoir était pour moi un fantastique cadeau.

Comment s'est passée la rencontre ?
Il m'a donné rendez-vous le 10 avril au matin. Le lendemain, j'ai appris qu'il avait été hospitalisé le soir même (pour la pose d'un stimulateur cardiaque, NDLR) : j'étais d'autant plus touchée de sa disponibilité en sachant que l'opération n'était pas bénigne.

Quelle impression vous a-t-il faite ?
J'ai retrouvé le charisme du personnage. Comme son départ de l'Elysée n'était pas si vieux, que le nouveau président est très différent, revoir le style, les mimiques d'un homme politique qui a un tel passé, cela avait un petit air de nostalgie. Même si ça n'a rien à voir avec des convictions politiques. En prime, il a une liberté de ton.

Sur quel sujet ?
Son propos est plus humain. Il peut plus volontiers plonger dans les souvenirs. Avec la vigueur, l'énergie et la vitalité qui le caractérise toujours pour sa fondation. J'ai été surprise de voir comment l'homme n'a pas envie de s'arrêter et veut poursuivre des combats qui lui tiennent à coeur. Il parle de la lutte contre la déforestation ou de l'aide aux pays pauvres, par exemple.

S'est-il laissé aller à des confidences sur la politique intérieure ?
Non et c'était prévu. Sauf une allusion que j'ai gardée car, à mes yeux, importante. Même s'il avait écrit un article dans "Le Monde", c'est la première fois qu'il tire oralement le signal d'alarme. Et évoque l'aide au développement durable, qui baisse dramatiquement dans différents pays d'Europe, ce qui est scandaleux. Quand on voit la crise alimentaire partout dans le monde, il y a de quoi être inquiet.

Dans ce "Zone interdite", revient Chloé, anorexique, qui s'en est sortie. Avez-vous évoqué ce sujet affectant une des filles de Chirac ?
Nous avons parlé de thèmes qui le touchent - la lutte contre le cancer ou l'insertion des personnes handicapées - mais pas de sa fille. Je ne voulais pas évoquer cette souffrance : j'aime la pudeur dont sa famille fait montre sur cette maladie.

Justement comment avez-vous reçu le témoignage de Chloé revenant pour cette spéciale ?
C'était un des moments forts. Cela lui demandait beaucoup de courage : Chloé n'arrive toujours pas à regarder le reportage que nous lui avions consacré en décembre 2002. Même si, courageuse, elle avait alors accepté de témoigner pour avoir l'électrochoc de se voir ainsi aux portes de l'enfer. Croiser cette jeune femme aussi épanouie, aussi en forme aujourd'hui, a été un bonheur pour moi.

Le 30 avril chez Marc-Olivier Fogiel, vous avez dit refuser la présentation d'un futur journal de 20 heures sur M6. QU'est-ce qui pourrait vous convaincre ?
Rien ! Je ne peux pas être plus claire : l'exercice ne m'attire pas, n'est pas fait pour moi et je ne crois pas que ce soit l'actualité pour M6.

Chez Fogiel, entourée d'Aïda Touihri et d'Estelle Denis, on vous sentait mal à l'aise pour parler de vous...
J'aime le métier quand je fais des interviews et dans les conditions du direct. Mais être sur un plateau pour parler de moi, c'est une horreur. Je suis gênée et j'ai l'impression de n'avoir rien à dire. Pour moi, c'est la place des comédiens, des artistes qui savent faire le show. Pas celui des journalistes. On doit être sur le terrain ou dans un bureau à potasser des dossiers pour éclairer le plus grand nombre.

Vous avez repris violon et piano. Que vous apporte la musique ?
Enfant, le violon ne fut qu'un objet de souffrance. J'ai tardivement compris que mes parents m'avaient donné une vraie chance. Ayant commencé à 5 ans, quand j'ai réussi à en tirer un son acceptable, je suis passée au piano et à la facilité. Avec le recul, je m'y suis remise et je travaille avec un prof.

Propos recueillis par François Cardinali

Sa passion des voyages

Sur Paris Première, cette discrète livre un peu de son jardin secret avec de ponctuelles escapades dans Deux, Trois Jours avec moi, où elle convie des personnalités, comme Gérard Depardieu à Tel-Aviv, à nous présenter une ville qui compte à leurs yeux. "Le voyage a toujours tenu une grande place dans ma vie, dit-elle. Et cette émission est un peu mon bébé. Là, je suis terriblement en retard avec la préparation de ce Zone interdite. Les prochaines étapes sont Séville, avec Virginie Ledoyen, et un Paris est prévu aussi avec Liane Foly. Emilie Dequenne devait nous convier à Bruxelles mais son nouveau film décale la rencontre."