Accueil · Revue de presse · Femme en ville (Juin 2008)

Star malgré elle

Elle est devenue une star de la télé et s'apprête à fêter les 15 ans de Zone interdite. Malgré un agenda surbooké, la plus jolie journaliste du PAF a accepté de nous parler de son métier et de son succès. Rencontre avec une jeune femme à qui tout sourit et qui n'a qu'un credo : garder la tête sur les épaules.

Zone interdite a fêté ses 15 ans le 18 mai dernier. Comment expliquez-vous cette longévité assez exceptionnelle pour une émission de télévision ?
Les sujets que l'on traite sont intemporels. Nous abordons beaucoup de thèmes sociaux, qui se renouvellent avec l'actualité. Nous suivons par exemple l'évolution de la famille et de nouvelles problématiques se posent, comme celles des cellules homoparentales ou des nouvelles techniques de procréations médicalement assistée. La chance de Zone interdite est de pouvoir suivre les gens dans la durée, souvent sur plusieurs mois, pour comprendre leur démarche. L'émission ne vieillit pas, elle marche toujours aussi bien, et ça me réjouit que l'on séduise de plus en plus de jeunes. C'est une vraie satisfaction, alors que l'on présente partout la télé comme un média arriéré, presque mort, face à Internet.

Quand vous évoquez les reportages de Zone interdite, vous parlez de "combats"...
Oui. Zone interdite est une émission citoyenne et engagée. Nous nous sommes battus pour réaliser des reportages sur la précarité ou la maltraitance des personnes âgées. Je suis ravie que des sujets un peu lourds fassent de bonnes audiences sur une grande chaîne, et à une heure de grande écoute.

Parmi tous les sujets diffusés dans l'émission, quel est celui qui vous a le plus marquée ?
Peut-être le document sur Chantal Sébire. Elle nous a livré un témoignage d'une force et d'une dignité remarquables. Elle voulait faire connaître sa maladie, et faire comprendre sa volonté de mourir et sa demande auprès de l'Etat. On ne peut pas rester insensible face à cette force. J'ai également pu rencontrer sa fille : elle n'était pas forcément d'accord sur tout avec sa mère, mais elle s'est exprimée avec une intelligence et une pertinence exceptionnelles. C'est ce genre de sujets que je défends avec le plus de coeur. Ceux qui font avancer le débat et que l'on approfondit à chaud, au moment où ils sont au coeur de l'actualité.

Quels sont les thèmes que vous aimeriez aborder à l'avenir ?
Je pense à une grande thématique, qui est à mon sens urgent et pertinente à traiter : la difficulté de se loger pour les travailleurs pauvres mais aussi pour tous les revenus moyens. C'est une réalité qui nous concerne et nous menace tous.

L'émission existe depuis quinze ans, et vous en êtes la présentatrice et co-rédactice en chef depuis septembre 2006. Quel bilan tirez-vous de ces deux ans ?
Je prends de plus en plus de plaisir à connaître l'émission et à travailler avec l'équipe. Je m'approprie de plus en plus le magazine et les sujets. Et j'ai la grande satisfaction de voir les reportages que nous avons commencé à tourner l'année dernière passer à l'antenne.

Que pensez-vous avoir apporté personnellement à Zone interdite ?
Je suis la moins bien placée pour répondre à cette question... J'ai vraiment le nez dans le guidon et je suis une très mauvaise arbitre en ce qui me concerne. Et, plus que dans la journaliste qui le présente, la vraie force du magazine réside dans ses reportages et le travail de toutes ses équipes.

Vous êtes jeune et vous présentez un grand magazine d'info. On a l'impression que vous carrière est fulgurante !
Jeune, jeune... le temps passe ! (rires). C'est étrange, car moi je n'ai pas du tout l'impression que ma carrière soit fulgurante. Au contraire, j'ai plutôt tendance à freiner les choses et à prendre mon temps. Je sais que la mode veut que l'on aille vite, mais je suis de la vieille école pour ce genre de choses. Je préfère attendre, y aller doucement, étape par étape, pour ne pas me brûler les ailes.

Vous ne vous laissez pas griser par le succès ?
Il ne faut jamais oublier que ce n'est que de la télé. C'est un grand jeu, et il ne faut pas être dupe. Demain peut être moins chantant, et tout peut s'arrêter. L'essentiel pour moi est de faire mon métier de journaliste. J'aimerais aussi retrouver le terrain et partir au bout du monde avec une caméra, et tendre un micro à ceux qui ont des histoires à raconter. Le plus beau compliment que l'on puisse me faire vient des gens qui témoignent dans Zone, et qui nous disent qu'ils ont été compris, aidés dans leurs combats, qu'ils se sentent un peu moins seuls. Si j'ai voulu être journaliste, c'est avant tout pour être un vecteur et expliquer clairement les problèmes du monde qui nous entoure, que ce soit à la télé, à la radio ou en presse écrite.

Passer régulièrement vous a soudain mise sous le feu des projecteurs. Comment vivez-vous cette célébrité ?
Je suis bien armée sur ce terrain, et je suis aussi très bien entourée. J'essaie de me préserver, je regarde peu la télé, je ne lis pas certains journaux. Je n'ai pas d'addiction à la célébrité et la starification des journalistes me paraît vraiment exagérée. On doit jouer le jeu des interviews pour présenter notre travail et pour que nos émissions soient regardées par le plus de téléspectateurs possible. Mais les journalistes de télévision n'ont pas forcément leur place dans les talk-shows par exemple. Je ne comprends pas que l'on soit reçu au même titre qu'un artiste ou qu'un acteur.

Tous les samedis, vous présentez 2, 3 jours avec moi sur Paris Première, où vous accompagnez un invité dans une destination de son choix. Que représente cette émission pour vous ?
C'est une grande bouffée d'oxygène, presque une recréation. On fait l'émission avec de petits moyens, mais l'équipe est très soudée, et je trouve formidable de découvrir une ville au bras de notre guide. Les invités participent sans avoir de promo à faire et sont ravis de partager leur passion pour un endroit.

Si vous étiez l'invitée de cette émission, quelle serait votre destination ?
Nos invités ont souvent une ville qui leur tient à coeur. Moi, c'est plus compliqué, je suis globe-trotteuse. Mes parents étaient de vrais voyageurs. Ils m'ont transmis cette envie de découvrir de nouveaux endroits, de ne jamais revenir dans le même lieu d'une année à l'autre, et de ne pas prendre d'habitude. La terre est tellement vaste, je n'en suis qu'au tout début !

Propos recueillis par Cédric Douzant