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Chat du 15 février 2008

Réponses à vos questions

Au cours de son rendez-vous avec le site le vendredi 15 février 2008, Mélissa Theuriau a répondu à quelques questions recueillies via le formulaire.

Je m'appelle Camille, étudiante à Paris, j'ai lu récemment que cette année "La Rose Marie Claire" reversera les bénéfices de l'opération à 18 étudiantes aux revenus faibles. Pourquoi avoir choisit cette action ? Est-ce à cause de l'actualité récente sur la prostitution des étudiantes ? Pouvez-vous nous en parler plus longuement ?
En fait, La Rose Marie Claire, opération que je soutiens avec d'autres journalistes, s'implique dans la scolarisation des filles issues de milieux défavorisées. C'est donc très large. Des pays pauvres comme le Cambodge où les petites sont une main d'oeuvre, à ici dans notre riche pays, où suivant sa bourse et son milieu, on n'a malheureusement pas accès aux mêmes études. C'est une réalité. La Rose Marie Claire a 3 missions : Au Cambodge, les boursières françaises et les jeunes filles du Bénin.

D'où vous semble venir votre engagement personnel que l'on sent profond pour l'amélioration de la situation de notre société voire de notre monde et pourquoi votre investissement est-il centré autour de l'enfance (Notamment au travers de l'association Rêves) ?
On choisit ce métier avec, je crois, l'envie très forte d'éclairer sur le monde qui nous entoure. Toutes les injustices me touchent comme la plupart d'entre vous je suis sûre. J'ai conscience d'être privilégiée (Des parents, ouverts et encourageants, j'ai fait des études librement, j'exerce un métier que j'ai choisi...) bref c'est pour moi un juste retour des choses de tendre la main, un micro, ou une caméra aujourd'hui. L'enfance réunit les plus grandes injustices : On ne choisit pas où l'on va naitre, et dans quelles conditions. Eduquer, donner confiance, donner sa chance est primordial et c'est ainsi que le monde avance.

Pensez-vous que c'est plus facile de s'investir dans l'humanitaire quand on est jeune, riche et célèbre ?
Je ne crois pas que ce soit plus facile. Les vrais dons humanitaires concernent ceux qui y consacrent leur vie, leur temps. Rien à voir avec utiliser une notoriété pour soutenir des causes et de temps en temps pointer les fléaux qui nous entourent. Si cela permet d'informer des gens, de recueillir des fonds et d'aider concrètement ceux qui en ont besoin, c'est plutôt naturel de répondre présent.

Quelle a été votre première expérience de journalisme ?
Un sujet tourné dans l'un des premiers centres d'éducation fermés pour les mineurs récidivistes... C'était mon reportage de fin d'année avant d'obtenir mon diplôme... Avec le recul je vois que l'éducation et la réinsertion m'ont toujours animées.

Pourquoi avoir quitté LCI pour M6 ? Est-ce l'animation d'une émission qui vous intéressait plus que la présentation des journaux ?
Je n'ai pas quitté LCI pour M6. J'ai été invitée à quitter LCI après avoir refusé un poste à TF1. C'est différent. Je me voyais avec plaisir refaire une année de matinale avec Thierry Gilardi ! Invitée à partir, j'ai choisi M6 qui acceptait de me confier un magazine, la possibilité de faire du terrain (Reportages), ce que je fais !

Qu'est-ce que vous trouvez le plus et le moins sympathique dans votre métier ?
Le plus : Les gens. Les rapports humains, l'esprit d'équipe, les rencontres...
Le moins : La logique d'audience pour fabriquer de l'info...

Qu'est-ce qui vous a donné l'envie d'être journaliste ?
En regardant un homme qui se parlait tout seul dans la rue. Je me suis dit, comment en arrive-t'on là ? Et Pourquoi personne ne lève le nez ? Bref j'aimerais bien entrer en communication avec lui et lui poser des questions.

Quelle est, selon vous, la règle numéro un du bon journaliste ?
Vérifier ses sources.

Vous avez des conseils pour les journalistes débutants ?
S'écouter. Ne pas lâcher. (S'alarmer, s'émouvoir ou s'étonner...) Bref être le plus proche de soi, c'est pas mal.

Comment vivez vous la précarité potentielle de votre métier, ou tout peut s'arrêter d'une saison à l'autre ?
Je profite pleinement de chaque journée, rencontre, émission... C'est toujours ça de pris !

Que pensez vous des remises de prix et autres autocongratulations cathodiques ?
Aucun intérêt.

Quel défunt(e) auriez-vous aimé interviewer ?
Jean-François Bizot.

Admettons que vous puissiez rencontrer le sous-commandant Marcos dont vous parlez tant. Que lui demanderiez-vous ?
J'en ai tant parlé ?! Je lui dirais qu'il était plus romantique à cheval qu'à moto.

Vous avez le choix entre interviewer une star interplanétaire et un inconnu, qui choisissez-vous ?
Je choisis un inconnu qui demain sera certainement une star interplanétaire.

N'est-ce pas trop frustrant de se "contenter" de présenter une émission comme Zone interdite alors que l'on a une âme de journaliste d'investigation ?
Il faut s'investir pour défendre des reportages auxquels on croit. Journaliste / présentateur, c'est avoir envie de défendre le travail d'autres journalistes. La satisfaction de parler à 20h50 du quotidien des rmistes en France, ou de la loi du silence qui règne sur les maltraitances aux personnes âgées... n'est pas frustrant !

Si vous aviez l'occasion de faire une émission spéciale à 20h50, quel sujet vous tiendrait le plus à coeur ?
Lancer le concept du "considérationisme" qui semble ne pas éclore... encore.

Quels seront les futurs invités de 2,3 jours avec moi ? Avez-vous des gens qui demandent de participer ? Et des refus ?
Emilie Dequenne devrait m'emmener en Belgique. J'ai hâte je ne connais pas et j'aime beaucoup cette comédienne. Je n'insiste jamais si quelqu'un refuse, et oui, certains sont candidats ! On fait le tri... L'important c'est d'avoir envie de la rencontre.

Pour Enquête Exclusive, vous vous êtes rendue au Darfour, pour un reportage poignant aux côtés de Bernard de la Villardière. Avez-vous prévu de retourner sur le terrain pour de nouveaux reportages ?
Oui je reviens du Cambodge où j'ai tourné un reportage sur une rescapée des Khmers Rouges. L'histoire, le témoignage d'une cambodgienne assez exceptionnelle. J'aimerais aussi retourner au Darfour. Pas tout de suite ! Mais sans caméra.

Vous avez toujours exprimé le désir de découvrir toutes les facettes du journalisme en vous confrontant à la réalité sur le terrain. Justement il y a quelques mois vous avez participé à "Enquête exclusive" dans l'Est du Tchad à propos de la crise du Darfour. A cette occasion M6 vous a laissé les mains libres pour faire un reportage de A à Z : écriture, tournage, montage, mixage... Je l'ai beaucoup aimé, fait de courtes séquences très intéressantes et couvrant beaucoup d'aspects de la situation à cet endroit. Pouvez-vous nous dire si les réactions ont été bonnes chez vos collègues ?
Merci pour votre retour. J'ai en effet eu des encouragements, mais pas seulement. Peu importe, ce reportage me tenait à coeur, je l'ai fait. En tous cas l'émission Enquête Exclusive consacrée au Darfour vient d'obtenir un prix, je ne sais plus lequel... Donc bravo à Thomas Dandois et Pierre Cresson.

Compte tenu de votre emploi du temps chargé, préparez-vous des émissions spéciales pour M6 hormis Zone interdite ?
Oui ! les 15 ans de Zone interdite. Une grande spéciale au mois d'avril, avec du public. Probablement en semaine ! j'aimerais beaucoup inviter Patrick de Carolis pour qu'il nous raconte comment il a crée ce magazine de décryptage des enjeux de la société. Nous reviendrons sur les grandes histoires, combats, enjeux qui ont marqué Zone pendant 15 ans.

Quel est votre point de vue face à la surexposition du Président de la République ?
Aucun. J'espère qu'il a un bon écran total pour ne pas brûler.

Si je dis que vous êtes quelqu'un de plutôt "tranquille" qu'il ne faut pas bousculer, est-ce que j'ai tout faux ?
Non, c'est plutôt juste... Même si j'aime bien la boxe, le bowling et les manifs !

Le plus beau témoignage d'affection que vous ayez reçu et dont vous souhaitez parler ?
Beaucoup. Grâce à Zone interdite. Beaucoup de personnes qui arrivent un peu mieux à se reconstruire, après la diffusion du reportage que nous leur avons consacré. D'une façon générale, les "oubliés" ou marginaux m'écrivent pas mal et j'ai plaisir à leur répondre.

Ce que l'on peut retenir du chat en direct...

Nephandi : « Si je peux me permettre de commencer, qu'est-ce que vous appelez le "considérationisme" ? »
Mélissa Theuriau : « Considérer tout le monde. »

Nepal : « Bravo Melissa. Comme d'habitude, vos réponses sont modestes, intelligentes et remplies d'humanité. Nous avons de la chance d'avoir une journaliste comme vous en France. Pour la question, je me demandais si cela faisait partie de vos projets de monter une boite de production pour pouvoir choisir et produire des émissions ou documentaires vous tenant à coeur ? »
Mélissa Theuriau : « Bonjour Nepal. Merci. Pour être franche, ça m'interpelle... Mais chaque chose en son temps. »

Tramy : « Bonsoir Mélissa. Pour la 2ème année consécutive, vous êtes marraine pour La Rose Marie Claire, vous a-t-on demandé de rempiler ou continuer vous semblait-il évident ? »
Mélissa Theuriau : « Etre marraine pour La Rose Marie Claire a du sens sur la durée puisque l'idée est de scolariser des petites filles jusqu'à ce qu'elles aient un métier. Je veux leur rendre visite régulièrement. »

jphfr56 : « D'autres passages télé sont prévus pour La Rose Marie Claire ? »
Mélissa Theuriau : « Non, pour être franche, si je pouvais me passer de la campagne photo et continuer à soutenir la cause oralement et sur le terrain, je le ferais volontiers ! »

M4lone : « Pourquoi une rose ? »
Mélissa Theuriau : « Une rose car la journée de la femme c'est le 8 mars. Si vous achetez ces roses, ou même une seule entre le 3 et le 9 mars, la moitié de la somme est reversée à l'association. »

Delilah : « Une question par rapport à cette association, elle aide les petites filles de quels pays précisément ? »
Mélissa Theuriau : « Du Cambodge, du Bénin et des boursières françaises qui n'ont pas les moyens financiers d'intégrer une prestigieuse et grande école. Nous espérons pouvoir à terme aider de nombreux autres pays. »

Alexisbout : « Que pensez-vous de la presse people qui se permet de s'immiscer dans la vie privée des gens ? »
Mélissa Theuriau : « C'est un business. Je trouve triste qu'il passionne autant de personnes et du coup... génère autant d'argent. »

« Je suis ravie d'avoir conversé avec vous et m'excuse auprès de ceux à qui je n'ai pu répondre mais ça va très vite.
... Très bon week end à vous et à bientôt pour un prochain chat. »