Revue de presse - Mars 2011
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- jetsetmagazine.net - Interview exclusive de Mélissa Theuriau
Morceaux choisis
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Vous faites une émission qui traite souvent de sujets graves et délicats. Comment se déroulent vos enquêtes ? Est-ce que vous descendez aussi sur le terrain ?
Dans Zone interdite, nous traitons de phénomènes de société, parfois lourds et dérangeants mais aussi de sujets plus légers. Tous demandent de longues enquêtes, et de longs tournages échelonnés sur une année en moyenne. J'enregistre mes plateaux sur le terrain dès que possible afin d'aller à la rencontre des personnes que nous avons suivies. Dans leur contexte, leur univers, elles sont souvent plus à même de livrer une vérité que sur un plateau de télévision, un peu froid et impressionnant.
Quel est votre avis sur la révolution tunisienne ?
Je la rapproche d'autres révolutions historiques comme celle des Oeillets au Portugal ou la chute du mur de Berlin. Cette révolte est historique : elle restera la première de notre 21e siècle. Je retiens le mélange des classes de cette révolte. Toutes les couches sociales étaient dans la rue, unies. La bourgeoisie intellectuelle, les classes moyennes, les banlieues. Femmes et hommes étaient mélangés et surtout, on n'a ni vu ni entendu aucun slogan religieux. Les mots d'ordre étaient : justice, dignité et liberté. Même si les islamistes s'y agrègent par la suite, cette révolution appartient au peuple et à lui seul.
Le régime Ben Ali a muselé les journalistes pendant 23 ans, mais depuis son départ, les langues se sont déliées et l’excès d’informations venant de n’importe où a malheureusement pris le dessus. Quel conseil donneriez-vous aux journalistes tunisiens pour lutter contre les informations erronées et la désinformation ?
Lorsque les partis politiques proposeront plus de transparence, les émissions suivront. La télé publique et la presse vont devoir faire l'objet d'une réforme en profondeur. Ça prendra du temps mais les Tunisiens ne doivent pas se faire voler leur délivrance qu'ils ont payée de leur sang. Il faut aller au bout. La révolution de l'information viendra de nouveaux médias citoyens. Il faut créer des sites en arabe, en français et en anglais pour tous les Tunisiens de France et de l'étranger afin qu'ils puissent voter en toute conscience.
Quel est le grand sujet sur lequel vous aimeriez enquêter ?
En pleine révolution du monde arabe, j'ai à cœur de me rendre à Gaza où le mot "révolution" ne veut plus dire grand-chose. Les Palestiniens naissent et meurent dans l'indifférence depuis des décennies. Ils n’ont pas les moyens d'une réelle révolution et ont déjà trop perdu. Je m'y rends à la fin du mois pour réaliser un reportage sur la jeunesse gazaouie.
Quels sont les sujets qui vous tiennent à coeur ?
Ceux qui touchent à la solidarité. Tous les angles qui permettent de garder espoir dans une société qui aspire à plus de justice, d'égalité, de partage. Nous traiterons bientôt des familles d'accueil qui prennent en charge des enfants placés.
Vous avez quartier libre pour passer un message aux Tunisiens
Vous nous avez tant émus, bouleversés. Vous avez montré au monde entier qu'en ÉTANT SOLIDAIRE, le peuple est le plus fort. Vous êtes allés chercher, seuls, votre liberté. Ne lâchez pas. Vous avez ouvert une voie historique et les mots dignité, liberté et justice vont enfin prendre le sens qui leur revient.
Propos recueillis par Neïla Azouz
